lundi 29 octobre 2007

L'obsession nationalitaire

Dans la lignée de mon précédent post sur les miasmes et autres douteuses effluves produits par les obsédés de l'ADN (le fait qu'on ait maintenu cet amendement nauséabond en le vidant de toute efficacité montre bien, disons-le en passant, qu'en regard de son inutilité pratique -un détail disait Fillon- sa haute importance symbolique constitue ce qu'on pourrait appeler "la partie non négociable" du Ministre Boutefeux, heu, pardon, Hortefeux), dans la lignée, donc, de cette histoire d'ADN, j'ai eu un choc, tout à l'heure, en allant me faire faire un passeport.
Le remplissage du formulaire en dit long sur l'obsession nationalitaire de notre ministère de l'Intérieur et de la classe politique tout entière.
Non seulement, après t'avoir demandé où tu es né (département et ville) on te demande de bien préciser manuscriptement que c'est en France, mais après t'avoir fait recracher l'acte de naissance de tes parents ou presque, on t'invite à préciser pourquoi tu t'estimes Français !
Est-ce parce que tu es né en France et que l'un au moins de tes parents est Français, est-ce parce que tu es né à l'étranger, mais que..., est-ce parce que tu as acquis la nationalité, et si oui dans quelles conditions, etc., etc.
J'ai frémi en me rendant compte que, ma mère étant née à Rio de Janeiro, j'aurais sans doute dû sortir des arguments massue pour faire valoir mon droit à un passeport français si mon père n'avait pas été un bon sarthois, amateur de rillettes bien de chez nous !
Mais ce n'est pas tout : non content de me demander ma carte d'identité (une jolie toute belle quasiment infalsifiable, et pour l'obtention de laquelle j'avais fourni un élégant extrait de naissance), le préposé à l'État civil m'a de nouveau demandé un extrait de naissance (à l'âge que j'ai, j'imagine pourtant assez mal que les circonstances tout à fait banales de ma venue au monde aient pu changer ces derniers mois...), faisant a priori preuve d'un excès de zèle louable, le site du service public n'exigeant pas (au moins pour les passeports demandés en urgence, ce qui est mon cas) cette production.

Mais voilà : imaginez une seconde que je ne sois qu'un clandestin guatémaltèque, un apatride au regard torve auquel on aurait par distraction donné il y a quelques mois une carte d'identité éditée par le bureau des farces et attrape le plus proche... Hein ! Imaginez, bordel ! On n'est pas passé loin d'une catastrophe historique sans précédent, car bien sûr, dans ce cas, j'aurais été revêtu d'un épais manteau de bombes à fragmentation thermo-nucléaire que je vous dis pas ce que vous auriez pris dans la tronche, bande de nazes, dès que je l'aurais eu en mains, ce putain de passeport !
Hé oui, cet après-midi, un employé de l'État civil a failli sauver la France (et accessoirement la Belgique, non pas à cause des accords de Schengen, mais parce que j'habite à deux pas de la frontière) d'une catastrophe terroristique sans équivalent. Chapeau, Monsieur ! C'était bien tenté.

À part ça, je souhaite vraiment bonne chance à toutes celles et tous ceux qui, nés en Égypte, en Afrique du Nord ou ailleurs, dans des lieux lointains où les accidents de l'histoire a pu faire disparaître les registres d'État civil, auraont un jour où l'autre à demander un passeport ou une Carte d'identité. Il paraît qu'ils sont bien plus nombreux qu'on ne le pense.

1 commentaire:

La rose trémière a dit…

Bon voyage tout de même !