mercredi 2 juillet 2008

Une "simple" fiche de paye...

Alors que nos braves sénateurs débattent en ce moment même du nouveau statut de l'auto-entrepreneur (excellente initiative à mon sens, même si elle n'est pas sans danger, mais ceci est une autre histoire) qui permettra à tout un chacun de déclarer une modeste activité commerciale ou de services et de s'acquitter forfaitairement de son IRPP et de ses charges sociales par un prélèvement strictement proportionnel, sans système diabolique de provision à N+1 d'ajustement à N+2, de régularisation à N+3 et autres calculs à la mord-moi-la-calculette qui font que même un expert comptable est parfois bien en peine de prévoir ce qu'il faut mettre de côté pour qu'un pauvre entrepreneur puisse faire face à ses charges futures.
Enfin une mesure de simplification administrative.
Par comparaison, j'ai regardé combien de données chiffrées figuraient sur les fiches de paye de mon entreprise. Je ne parle là que des données ayant directement rapport avec la rémunération : base, taux, montant, tant pour le salarié que pour l'employeur. Ne sont donc pas comptés les autres valeurs chiffrées (N° de sécu, dates diverses, etc.)
Ça va grosso-modo du simple au triple, selon la situation. La plus simple comporte 54 données chiffrées... et il s'agit de la fiche de paye d'un apprenti, très largement exonéré de charges sociales !
La plus... complète en compte 154 !
Pas mal, non ?

Photo : illustration empruntée à Ciel ! Éditeur bien connu de logiciels de paye.

mercredi 4 juin 2008

Lettres de prison

Pascale Robert-Diard, journaliste judiciaire au Monde et blogueuse impénitente (à voir ici) a fait une trouvaille qui vaut son pesant de ... de quoi au fait ? Je me le demande d'un seul coup !
Il s'agit d'une authentique circulaire émanant du Ministère de la Justice ; elle est datée de 1949 :

“Paris, le 29 juillet 1949,

Messieurs les directeurs des circonscriptions pénitentiaires,

Il a été prescrit par une précédente circulaire que du papier hygiénique devait être mis en quantités suffisantes à la disposition des détenus afin d’éviter la détérioration des volumes des bibliothèques.

Je crois devoir vous rappeler ces instructions qui paraissaient être méconnues dans certains établissements où leur application se heurte sans doute à des inconvénients d’ordre financier. C’est pourquoi, au cas où l’achat du papier hygiénique engagerait des dépenses trop élevées, il y a aura lieu de distribuer des vieux journaux ne présentant plus aucun caractère d’actualité”.

Ça m'a rappelé mon enfance. Dans la maison de vacances, les cabinets étaient équipés de l'annuaire téléphonique de l'année précédente. Nous étions priés de découper chaque page en 4 ; il faut dire que nous étions assez nombreux à occuper cette maison et qu'à l'époque, les abonnés au téléphone du département du Loir-et-Cher où elle se trouvait, ne l'étaient guère !

mercredi 21 mai 2008

Oh, dis, putain, t'as vu le prix de l'essence ?!

- Eh oui, je l'ai vu le prix de l'essence. Environ 1,45€ le litre de Super machin 95 aujourd'hui.
- Ouais, bien dis-donc, c'est vachement cher. Encore un peu et je ressors mon vieux biclou ! Dommage que j'aie si mal au genou.
- Cher, cher, comme tu y vas. 1,45€ le litre, ça veut dire qu'avec un Smic à 8,63€ tu peux t'acheter 6 litres de super.
- Quoi, 6 litres seulement ? Mais tu vas nulle part avec 6 litres !
- C'est vrai, tu vas pas très loin. Mais regarde un peu dans ton rétroviseur : il y a juste 40 ans, en mai 68...
- Ah ! Ouais, super, Mai 68, qu'est-ce qu'on s'est marrés ! Tu te souviens ?
- Oui, oui, mais à cette époque...
- Justement, à cette époque, l'essence était pratiquement donnée !
- Ben en réalité, pas tout à fait, elle était à 1,04 franc.
- Tiens, qu'est-ce que je te disais : donnée elle était l'essence. Je me souviens, on mettait 20 litres dans la deuche, et roulez jeunesse !
- C'est à dire que, en fait, tu vois, 1,04 franc, en euros constants, ça fait 1,12 euros d'aujourd'hui.
- Ah ? Tant que ça ?
- Ben oui, mon lapin, et avec un Smic à 3 francs (après les accords de Grenelle), soit 3,24€ en euros constants, finalement, le smicard, avec une heure de boulot, il ne se payait même pas 3 litres d'essence. Et de l'ordinaire, encore !
- Attends, t'es en train de me dire qu'en roulant au Smic, on peut polluer deux fois plus aujourd'hui qu'il y a quarante ans quand la vie était si belle ?
- Ben en quelque sorte, oui...

mercredi 14 mai 2008

Rigoletto

L'Opéra de Lille donne actuellement un magnifique Rigoletto, avec en particulier Stefano Antonucci dans le rôle titre et Stacey Tappan dans celui de Gilda.
Rigoletto (G. Verdi, 1851, d'après Le Roi s'amuse de V. Hugo), c'est bien sûr une sévère critique des puissants qui s'amusent aux dépends des obscurs, des sans-grade, comme ce pauvre bouffon bossu de Rigoletto, mais c'est aussi la malédiction (titre original de l'œuvre) qui s'acharne sur Gilda et son trop possessif père, Rigoletto. À force de vouloir faire son bonheur malgré elle, les choses se terminent mal...
À Lille, le duo Rigoletto-Gilda fonctionne à merveille. À la fin du 2e acte, les deux protagonistes fusionnent dans un duo qui vous met les larmes aux yeux. Au début du 3e, Rigoletto donne la mesure du malentendu ("Elle est mon seul bien", dit-il.) À partir de ce moment-là, les quiprocos s'enchaînent jusqu'à conduire au sublime duo du dénouement qui voit Gilda mourir d'avoir transgressé les interdits paternels, et Rigoletto à jamais mort-vivant, inconsolable et découvrant trop tardivement que nos enfants ne nous appartiennent pas.
Si la mort permet finalement à Gilda de transcender la situation, Rigoletto restera pour toujours l'homme vaincu par un destin qu'il s'est lui même tracé.
Finalement, les deux thèmes centraux de cet excellent Verdi n'ont pas vraiment pris de rides en un siècle et demi : l'arrogance bling-bling des puissants ("Je l'aime, elle est belle, elle est intelligente, elle parle deux langues", suivi de "je l'aime, elle est belle, elle est intelligente, elle parle quatre langues" auraient tout aussi bien pu sortir de la bouche du Duc de Mantoue) ; quant aux enfants, malgré mai 68, le féminisme et toute la modernité du XXIe siècle, sommes-nous bien sûrs qu'ils ne nous appartiennent vraiment plus... Et le savent-ils eux-mêmes ? Je n'en suis pas certain.

samedi 10 mai 2008

Monumenta 2008 : Serra...té

Chouette idée, que cette Monumenta qui consiste à confier chaque année à un artiste d'assez forte pointure un combat en solitaire contre la nef du Grand Palais.
L'an dernier, c'était Anselm Kiefer (que je n'ai pas vu mais on peut se faire une idée de ce qu'il a proposé en allant ici.)
Cette année, Richard Serra dont on imagine qu'il a été sponsorisé par Lakshmi Mittal, propose une "Promenade" autour de 6 plaques d'acier de quelques mètres de large et quelques autres de haut.
C'est gigantesque, bien sûr... Vous pensez : 17 tonnes la plaque d'acier ! Enfin, ça devrait l'être, gigantesque. Sauf que dans le combat entre Serra et la Nef du Grand Palais (Architecte : Henri Deglane)... C'est la nef qui gagne, non seulement en gigantisme (en entrant, j'ai d'abord pensé que l'installation de Serra n'était pas terminée, tant elle parait insignifiante au premier coup d'œil), mais en élégance et en force.
Il est pourtant un point sur lequel nombre de visiteurs semblaient se retrouver : le besoin de photographier (ce qui est, bien heureusement, autorisé.) C'est qu'en fait le travail de Serra ne fonctionne que recadré, coupé, découpé, mis en morceaux, et que seule une vision photographique (avec ou sans appareil photo) permet de donner un tant soit peu de réalité à ce qui tient plus de l'exploit technique (aïe, aïe, aïe : comment ça tient ? T'as vu, la plaque, là, sur le côté, elle n'est même pas enfoncée dans le sol... etc.) que d'autre chose.
Comme il se trouve que je n'ai jamais vu d'autres œuvres de Serra in situ, mais uniquement en photo, je me demande d'un coup si le propre de l'œuvre de ce plasticien prométhéen n'est pas justement de n'être réellement visible qu'à travers le media photographique.

Photos : quelques vues du Grand Palais (ces photos ayant été prises avec mon téléphone portable, il n'est pas certain qu'elles illustrent parfaitement mon propos... C'est un peu du brut de fonderie, si je puis dire !)

mardi 29 avril 2008

"Bienvenue chez les ch'tis", côté verso

Si vous n'avez pas regardé France 3 hier soir, vous avez raté la face cachée de "Bienvenue chez les Ch'tis" et vous avez eu tort !
Ça s'appelle "Roubaix, commissariat central" et c'est beaucoup, mais alors, beaucoup moins rigolo que ce qu'on m'a laissé entendre de "Bienvenue..." (que je n'ai toujours pas vu par ailleurs.)
On y trouve un commissaire tout droit sorti d'un roman du Yasmina Khadra des débuts, immergé dans un paysage qu'il connaît par cœur (les scènes avec son copain Saïd sont un vrai morceau d'anthologie, et je serais surpris qu'on ne retrouve pas ces deux personnages assez rapidement scénarisés, tant ils ont de caractère et d'humanité) ; une victime mythomane ; une gamine violée interrogée par un flic attentif, maladroit et en même temps d'une grande douceur ; les parents d'une fugueuse qui se font sérieusement remettre à leur place par le commissaire ("vous allez la voir, votre fille, et vous allez lui offrir des fleurs et du chocolat, plutôt que de l'engueuler une fois de plus" explique-t-il à peu près au père) ; et l'improbable effet de toboggan (il paraît que ça s'appelle comme ça) qui conduit deux femmes à passer sous nos yeux du déni absolu à la reconstitution minutieuse et détaillée de l'assassinat de leur vieille voisine de courée.
Là, on atteint presque l'irréel. La garde à vue, les interrogatoires souvent border line mais incontestablement efficaces, l'humanité désespérante de ces deux criminelles dont on sent bien dans le regard qu'elles sont aussi d'une certaine façon, des victimes.
Comme dit Victor Hugo "Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne", mais là, nous avons devant nous une représentation de cette classe de paumé(e)s qui ont échappé à (presque) toute éducation, tout droit sortis des 15% d'illettrés que compte la région, sponsorisées par une grande marque de bière ("On meurt de bière, dans vos courées" pour paraphraser Hugo encore et Blanqui) et dont l'attitude, souvent, bouleverse.
De mon point de vue, ce documentaire de Mosco Boucault est un petit chef d'œuvre. Sans doute les flics ne sont-ils pas toujours aussi humains ; c'est vrai, ils ont la part belle dans cette histoire, sans pour autant pouvoir passer pour des enfants de chœur. Mais ce sont de vrais drames qui se nouent et se dénouent au commissariat central de Roubaix et la façon de les monter a quelque chose d'exceptionnel.
Alors, à la prochaine diffusion, ne le ratez pas ! Ça ne vous donnera peut-être pas envie de vous installer définitivement chez les Ch'tis, mais ça vous donnera une idée assez juste de la face cachée de la région.

vendredi 11 avril 2008

Quand Le Figaro a le sens de l'à-propos...

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir et la rendre plus lisible.)

Découvert sur le site du Figaro, ce téléscopage intéressant. D'autant plus intéressant qu'il ne s'agit naturellement pas d'un hasard, mais d'un travail d'association entre un mot clef ("anorexie", je suppose) et la pub qui est sensée bien aller avec...
Ce genre d'incident est assez fréquent, mais celui-ci est assez gros, si je puis dire.

Dans un autre genre, le site de Reporters sans frontières (www.rsf.org) mérite au minimum un premier accessit.
Il comporte en page d'accueil une bannière proposant de gagner par tirage au sort et pour une somme variant de 70 à 700 euros environ, une green card permettant de travailler aux USA. Si l'on clique sur la bannière, il ne reste qu'une solution pour s'en dépêtrer : redémarrer son navigateur ! En effet, toute tentative de quitter le site se solde par l'ouverture d'une succession infinie de pop-up !
Manifestement, Rsf s'en fout : le mail que je leur ai adressé il y a plusieurs jours pour les prévenir de cette arnaque est resté sans réponse et sans effet sur le site...

lundi 7 avril 2008

Flamme olympique tibétaine

Les manifestations londoniennes d'hier et le déploiement invraisemblable de forces de police prévu aujourd'hui à Paris pour "protéger" la flamme ("monte flamme légère, feu de camp si chaud si bon..." pour les anciens) me rappellent furieusement un très joli dessin de Siné en mai 68.
On voyait deux CRS matraqueurs tirant un manifestant par les cheveux ; l'un des deux disait : "Chef, il criait Liberté, alors on a cogné !"

jeudi 3 avril 2008

Résistance

Aujourd'hui,
43ème jour
depuis la sortie du film,
je n'ai toujours pas vu
"Bienvenue chez les ch'tis !"

mercredi 26 mars 2008

Vous avez dit culture ?

Ça ressemble à une blague de potache : la patron de la FNAC s'en va ; qui le remplace ? Le patron de Conforama. Non ? Si !
La Fnac va donc désormais vivre à l'heure du pays où la vie est moins chère. Déjà que l'enseigne avait fait de gros progrès en sabotant son rayon jeunesse, le mouvement va pouvoir s'amplifier avec les bonnes vieilles méthodes éprouvées du marchand de salons premier prix.
On va pouvoir enfin choisir économiquement nos lectures : "Notre premier prix", "2 Amélie Nothomb achetés, un gratuit", les bonnes affaires et les promos, etc., etc.
Les têtes de gondole de l'agitateur d'idées vont en faire une drôle de.
Mais bon, comme dit l'autre "Tout va bien ne t'en fais pas."
Sûr qu'il va nous prouver qu'il est capable de continuer à vendre des livres, le nouveau patron de la Fnac. Pas n'importe lesquels, d'accord, mais vendre des livres quand même. C'est ça qui compte, non ?